Nicolas Cauchy

D’abord tout va bien. Mais pas très longtemps : de gaucher, je passe la plume à droite. C’est ça ou rien, me dit-on. Je deviens droitier, mais très contrarié, vraiment. Tracer des lettres, tenir la ligne, être lisible… rien à faire et rien n’y fait. Si mon écriture parle de moi, le mieux c’est d’écrire le moins possible et attendre… Vingt ans. L’invention du siècle : mon ami, l’ordinateur !

Il travaille bien, corrige tout seul, et surtout ne me fait pas honte, lui ! Grande victoire donc.

Mais comment faire quand ça vous prend ailleurs, en plein jardin du Luxembourg ? En revenir au papier, au stylo et à la main qui se refuse ?

Il faut attendre encore. Quatre ans, cinq ans, jusqu’à l’invention du portable à emporter avec soi, partout, toujours disponible en cas d’inspiration subite.

Et là ça fuse, ça écrit. J’ai tout maintenant, il ne me manque rien.

Mais je croise Claudel qui me met dans son grand sac. Pendant quatre ans, il me tient là. Et je ne jure que par lui.

Je finis par rompre. Il me laisse partir. J’« entre en entreprise ».

D’abord tout va mal. Mais pas très longtemps : ce que je perds en liberté, je le gagne en rigueur. J’optimise mon temps d’écriture. 5 h 30 - 7 h 30 à l’horloge de la cuisine. Mon écriture se transforme, se plie à la contrainte : roman court, chapitres ramassés, structure et efficacité… 5 h 30 / 7 h 30, la force de la journée neuve, l’énergie du matin qui irradie.

Pain, café et ordinateur… Ma petite cuisine d’écrivain.